Nouvelles des Membres

17.06.2018
Paris : Marek Janowski invité du Cercle de Paris
Le Cercle National Richard Wagner- Paris a reçu Marek Janowski, un des plus prestigieux chefs d'orchestre de notre temps, spécialiste de Wagner et gardien de la grande tradition musicale austro-allemande.
Le Cercle National Richard Wagner - Paris a reçu le 23 mai 2018 Marek Janowski, bien connu des mélomanes parisiens depuis des décennies.

Cette rencontre exceptionnelle a permis d'échanger sur l'art du cherf d'orchestre, mais pas seulement !

Voici, en avant première, le compte-rendu qui sera publié dans la Lettre du Cygne, bulletin du Cercle. De quoi faire regretter leur absence à ceux qui ne pouvaient être là, en espérant secrètement que Marek Janowski revienne encore !


C'est la troisième fois, depuis 1989, que le maestro Janowski se prête à une rencontre avec le Cygne…..

 On ne s’étonnera pas de ce que, parmi cette riche carrière de Chef, de Directeur Musical ou de Chef invité sur les plus grandes scènes lyriques internationales : New York, Chicago, San Francisco, Munich, Vienne, Paris, Venise….. ce soit sur le Directeur d’opéra, et plus particulièrement de l’opéra wagnérien (avec en point d’orgue la direction du Ring au cours de la dernière saison de Bayreuth) que se soient focalisées les questions des membres du Cercle.

Marek Janowski a enregistré une première fois le Ring avec la Stadtskapelle de Dresde ;
entre 2002 et 2015, à Berlin il a dirigé tous les opéras de Wagner en version de concert, ce qui a été très bien accueilli par un public lassé de mises en scène moches et routinières…

C’est Clym qui lance la discussion.  Pour lui, celui qui doit avoir le final cut dans une représentation d’opéra, c’est le Chef. Marek Janovski a t-il eu des problèmes avec des metteurs en scène? Oh oui ! Il a en particulier de très mauvais souvenirs des représentations du Freischütz et des Maîtres Chanteurs (mis en scène par Claude Regy) au Châtelet. Les représentations ont été houleuses, mais cela a permis un beau succès de scandale…. S’en est suivi une autre expérience désastreuse à Munich et Marek Janowski a décidé de renoncer à la fosse. Pourquoi donc le Ring de Bayreuth, pour deux saisons (Kyril Petrenko, qui avait assuré les trois premières saisons du cycle n’était plus disponible) ? Il l’explique très simplement : il a dans le passé dû renoncer deux fois à diriger un Ring à Bayreuth ; au vu de son âge, c’est certainement la dernière opportunité de le faire, et il ne fallait pas la laisser passer…

En acceptant de travailler avec Frank Castorf, typique représentant de cette école est-allemande pour laquelle tout est politique, et où toute mise en scène doit servir à dénoncer le capitalisme, Marek Janowski savait évidemment où il mettait les pieds. Mais l'envie de diriger à Bayreuth était trop forte…. Par ailleurs, il pense que s’il avait collaboré avec Castorf, qui est un homme tout à fait accessible à la discussion, dès la création, les choses auraient été plus simples. 

Les échanges avec la salle tournent tous autour des mises en scène actuelles. On rejoue la querelle des anciens (nous) et des modernes (personne, ou du moins personne qui ose affronter la vindicte publique en déclarant sa flamme à Tcherniakov et Warlikowski….) Sur les scènes germaniques, et cette tendance se répand ailleurs, en particulier en France, la primauté est donnée au metteur en scène. Tendance d’ailleurs pas si nouvelle que cela : Marek Janowski  se souvient que Liebermann avait imposé à Hambourg une mise en scène contestable de Rigoletto –contestée en tous cas par Léo Nucci ! et que c’est bien Léo Nucci qui avait été remercié….  C'est au directeur de l'opéra de trancher lorsqu'il y a conflit, et ce n’est pas en général la musique qui gagne.

Le problème des metteurs en scène venus du théâtre, c’est qu’ils ne veulent pas comprendre les problèmes spécifiques des chanteurs. Leur positionnement sur le plateau peut être incompatible avec l'orchestre, ce qui rend très compliqué  le rôle du chef;  par ailleurs, on ne peut demander le même travail à un acteur, et à quelqu’un qui doit chanter en même temps !
Même si les jeunes interprètes  ont beaucoup évolué sur le plan scénique, ils risquent toujours de perdre leur pulsation.  Notre ami n’a pas de mots assez durs pour « les pseudo intellos qui font la loi dans les journaux » (il y a des oreilles qui doivent siffler) ; en lisant a posteriori leurs chroniques, le spectateur honteux se dit qu’il n’a rien compris…. Pourtant, Marek Janowski constate qu’il y a une nouvelle génération d'amateurs d'opéra, cultivée, qui ne supporte plus les mises en scène traditionnelles qui les ennuient.... et qui attendent autre chose.

On en revient aux problèmes spécifiques de Bayreuth. La direction du Festival choisit ses chanteurs en accord avec le Chef et le metteur en scène, mais si au cours des répétitions ça se passe mal, il est extrêmement difficile de trouver un(e) remplaçant(e) libre sur la durée du Festival. De plus les trois séries de Ring sont exceptionnellement concentrées par rapport aux saisons d’opéras (jours : 1, 2, 4, 6) ce qui est très dur pour les Wotan, les Siegfried et les Brünnhilde. 

À Bayreuth la position des pupitres est fixée avec les premiers violons à droite et les cuivres et les bois qui ne voient rien de la scène. Cette disposition est idéale pour Parsifal, dont l’orchestration a vraiment été fittée (désolée pour l’anglicisme mais je n’ai pas mieux !) pour Bayreuth. A part cela, rien n’est simple. Dans certains positionnements, le chef ne voit pas les chanteurs….  et même ne les entend pas. Le chef ne peut sortir de sa fosse pour aller dans la salle juger du rendement sonore et doit donc se fier à ses assistants. Enfin,  si le chef entend les chœurs parfaitement en accord avec l'orchestre, ce n’est pas le cas dans la salle….

 Les répétitions commencent fin juin, ce qui veut dire qu’on réunira plutôt des musiciens d’orchestre symphonique que des musiciens d’opéra, car leurs saisons sont généralement plus courtes, mais on comprend bien que tout cela demande une organisation très compliquée. Le recrutement se fait sur la base du volontariat, et de bouche à oreilles. Certains musiciens reviennent pendant vingt ans, d'autres ne font qu’une ou deux saisons. Il y a une liste d'attente énorme pour certains pupitres !

On doit à Jean Loup Garcin une dernière intéressante question : Y a t-il une mondialisation du son ? Là dessus Marek Janowski est catégorique. Oui, la "sonorité française" en particulier a disparu. Travaillant une symphonie de Brahms avec l’orchestre de la Philharmonie, il n’a eu aucun mal à obtenir une sonorité…. à l'allemande Il y a eu une formidable évolution de la qualité des orchestres, mais au détriment de leur  personnalité.  Les Wiener Philharmoniker sont peut être les derniers à conserver un son spécifique… Les orchestres sont de plus en plus hétérogènes avec des musiciens d’Europe centrale, américains, et surtout asiatiques …. C’est la globalisation !

Compte-rendu d'Anne Hugot Le Goff, membre du comité du Cercle National Richard Wagner -Paris