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28. Mar 2020
28. Mar 2020
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28.
2020
Lyon, France
« Le Cercle Richard Wagner à Lyon fête Beethoven »
ACTE III - Samedi 28 mars de 10H00 à 17h00
BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE DE LYON PART-DIEU : « JOURNEE BEETHOVEN » par Elisabeth Brisson, la spécialiste française actuelle du compositeur.

A 10h00
« Être Beethoven ou rien? »  
Même si Wagner n'a pas joué à Victor Hugo prenant Chateaubriand comme horizon créateur, il s'avère qu'il a été animé par une admiration créatrice pour Beethoven. Dans son autobiographie, il insiste sur les chocs émotionnels (à la manière de Berlioz!) provoqués par sa sœur Rosalie puis par Wilhelmine Schröder-Devrient dans Fidelio (1829) pour laquelle il voulait écrire un opéra. Et puis, à peine a-t-il entendu la Neuvième Symphonie (1830), qu'il en a réalisé une transcription, et que lœuvre l?a accompagné toute sa vie : il y puisa une source de valorisation personnelle. Or, ces chocs musicaux tout autant que la pratique de la musique de Beethoven sont contemporains de l'établissement concurrentiel de la biographie du compositeur (au cours des années 1830-1840) : Wagner a donc été influencé par la construction d'une figure, combinant héros et messie, donc de celui qui par ses souffrances a ouvert l'accès à la transcendance (« à l'infini » selon l'expression d'ETA Hoffmann). L'admiration pour Beethoven dans ce contexte d'idéalisation s'est traduite chez Wagner par une volonté de penser la création musicale sous le signe d'une totalité artistique.  Il est donc possible de se demander en quoi Beethoven serait une source de « l'œuvre d'art de l'avenir », notion dénommée également Gesamtkunstwerk ?

A 15h00
 « Wagner, la Neuvième et la religion de l'art »
Maître de chapelle à Dresde depuis 1843, Wagner accompagne l'exécution de la Neuvième Symphonie en 1846 d'un programme qu'il fait éditer pour que les auditeurs puissent suivre cette œuvre difficile et encore mal-aimée : il en explicite donc le sens en s'appuyant sur des références puisées dans le Faust de Goethe alors que le finale est construit sur des vers de Schiller? Ce déplacement d'auteur répond à sa volonté de conférer à la Neuvième un rôle d'équivalent de la messe dans la religion chrétienne : l'associer à l'œuvre phare de la culture allemande est le plus sûr moyen d'assurer cette substitution. Poursuivant ce but, Wagner sut utiliser cette œuvre pour s'imposer sur les scènes internationales (à Londres en 1855) et pour consacrer la construction de Bayreuth (la Neuvième est exécutée en 1872 lors de la pose de la première pierre). Et puis, en s'appuyant sur l'image qu'il donne de Beethoven et de sa musique, en 1870 dans sa publication intitulée Beethoven, petit ouvrage dans lequel le grand compositeur devient le héros « national » allemand, Wagner confère une portée métaphysique à la musique. Porté par cette idéologie puisée chez Schopenhauer, Wagner a composé Parsifal dénommé Bühnenweihfestspiel (Festival scénique sacré), en l'occurrence une nouvelle sorte de drame musical, qui atteste une réinterprétation très spécifique de l'héritage de Beethoven dans le sens religieux.

Par cette instrumentalisation de la Neuvième, Wagner a pris une large part à la promotion de la religion de l'Art dont Beethoven fut considéré comme le Messie, avant d'en devenir la figure divine centrale : il est celui qui a souffert pour la rédemption de l'humanité. Cette divinisation fut abondamment matérialisée : monuments tel celui de von Zumbush érigé à Vienne en 1880, statues dont celle de Klinger en 1902, têtes multiples depuis celles de Bourdelle.. Et en 1902, la Frise Beethoven du Pavillon de la Sécession réalisée par Klimt qui reprend le programme de Wagner de 1846 et immerge le spectateur dans la religion de la Joie? L'intention de Wagner est à l'œuvre, à notre insu bien souvent.

Elisabeth Brisson
Agrégée et docteur en histoire, elle est l'auteur de nombreux ouvrages sur la musique  tels que La Musique (Belin, 1993), Opéras mythiques (Ellipses, 2008), Musique classique en clair (Ellipses, 2010) et Les Airs mythiques (Ellipses, 2013). Elle est surtout la meilleure spécialiste française à l'heure actuelle de l'œuvre et de la vie de Beethoven. Parmi ses nombreux travaux sur le sujet figurent une thèse, Le sacre du musicien : la référence à l'Antiquité chez Beethoven (Editions du CNRS, 2000), deux biographies (Fayard/Mirare 2004 et Ellipses, 2016) et Un guide de ses œuvres (Fayard 2005). Elle a aussi dirigé un petit opus Wagner m'a tué et un passionnant Découvrir Wagner (Ellipses, 2014) qui multiplie les approches de l'œuvre wagnérienne. Parallèlement à ses publications, Élisabeth Brisson est régulièrement l'invitée des émissions de France Musique et intervient comme conférencière lors d'évènements musicaux à travers la France comme à Nantes dans le cadre de la « Folle journée » ou à la « Cité de la musique » à Paris. Elle intervient pour la première fois au Cercle Richard Wagner à Lyon.